Partager l'article ! Interview De Philippe Martin à ToulEco: «D’attractif, le Gers doit devenir compétitif » Président du Conseil ...
PHILIPPE MARTIN
«D’attractif, le Gers doit devenir compétitif »
Président du Conseil général du Gers, Philippe Martin se réjouit de la diversité de l’économie gersoise. Il identifie néanmoins deux défis majeurs pour les années à venir : la poursuite du désenclavement, tant au niveau routier que d’internet, et le développement de l’agro-alimentaire, filière « phare » du département selon lui.
Comment évaluez-vous l’évolution de votre département ?
J’ai le sentiment qu’en dix ans le Gers a tourné le dos à un déclin démographique et économique que l’on disait inéluctable. Je me rappelle qu’en 1998 un grand média local disait que notre population descendrait en dessous des 100.000 habitants. En réalité, on est passé de 170 à 190.000 habitants. Le Gers est redevenu un département qui compte en Midi-Pyrénées.
Le Gers souffrait d’un manque de notoriété ?
Le département vivait en autarcie, replié sur lui-même. On a réussi à le sortir de son isolement régional, notamment en créant des partenariats avec la Région et l’Etat. J’ai estimé que l’on n’y arriverait pas sans des partenaires et nous sommes devenus, à notre tour, des partenaires. J’ai, par exemple, été le premier président de Conseil général à avoir mis de l’argent pour moderniser la route nationale 124. Nous avons contribué à hauteur de 42 millions d’euros même si, normalement, ce n’est pas de notre responsabilité.
Pourquoi avoir participé à ce projet ?
J’ai considéré que ce qui comptait, c’était le développement économique du Gers. Dans le même ordre d’idée, le Gers est le seul département rural qui met de l’argent dans la LGV alors qu’elle ne traverse pas notre département. C’est un pari audacieux, difficile à expliquer aux Gersois, mais qui peut apporter des retombées économiques intéressantes pour notre département si la gare est implantée au sud d’Agen.
Les élus du département semblent travailler dans le même sens. Pourquoi ?
Il s’est développé, en effet, un véritable esprit d’équipe. Vu que l’on ne pouvait pas tout attendre d’en haut, on s’est pris en main. On peut, en particulier, parler d’une véritable symbiose entre la ville Chef-lieu, Auch, et le Conseil général. Cette entente s’est traduite par la création d’une identité économique propre sans chercher à singer l’économie toulousaine. Notre méthode a été de favoriser l’innovation, de diversifier l’économie, de consolider l’agriculture et de développer les infrastructures.
Quels défis reste-t-il à relever ?
Il y en a plein mais le plus important reste celui du désenclavement. En particulier sur internet : nous disposons aujourd’hui du moyen débit. Il faut aller plus loin. C’est pourquoi nous avons mis en place un Schéma de développement du très haut débit, en partenariat avec France Telecom. Nous avons été longtemps pénalisés par le manque d’investissements de la part des opérateurs, du au fait qu’ils considéraient que le Gers n’était pas attractif. Ils ont désormais compris qu’il y avait une dimension d’aménagement du territoire. Cette question est cruciale : si on échouait dans le très haut débit, on redeviendrait un département fragile.
La mise en 2x2 voies participe de cet effort de désenclavement, non ?
Oui et elle était nécessaire pour rapprocher le Chef-lieu du Gers du Chef-lieu de la Région. Je ne suis pas un « fan » de l’autoroute mais être le seul département de Midi-Pyrénées dont la capitale n’était pas reliée à Toulouse par un axe sûr était vraiment une faiblesse. C’est du reste la raison pour laquelle le Conseil général participe car les Gersois se moquent de savoir avec quels deniers elle sera réalisée. Mais il faut aller plus loin et prolonger jusqu’aux Landes, d’autant plus que l’on a fait des efforts pour être relié à l’A65 par une bretelle.
Quelle est votre position concernant la RN 21 à propos de laquelle la CCI du Gers demande qu’elle soit mise en concession ?
Je ne suis pas favorable à ce qu’elle soit concédée. On ne peut pas multiplier les autoroutes. Je suis opposé à ce qu’il y ait un péage dans le Gers d’autant qu’il me paraît difficile de mettre en place un mécanisme permettant d’exonérer les populations locales. Ma position est claire : étant donné que l’Etat a conservé la responsabilité des deux routes nationales, c’est à lui de moderniser la RN 21. Je ne suis pas, enfin, certain que le trafic soit suffisant sur cette route.
Comment jugez-vous le potentiel de développement du département ?
Il est considérable. Quand on voit un A380 qui se pose sur la piste devenue internationale de l’aérodrome d’Auch-Lamothe, on se dit que l’on est en train de devenir une petite base aérienne complémentaire à Toulouse. C’est aussi une fierté d’avoir Latécoère à Gimont, ce fleuron de l’aéronautique. Le challenge, c’est vraiment que le Gers passe d’attractif à compétitif et concurrentiel.
Quel regard portez-vous sur les différentes filières économiques du département ?
La plus importante d’entre elles, l’agriculture et l’agroalimentaire doit se développer. Il n’y a pas assez de compétences de transformation de matières premières, même si nous avons de vraies réussites comme dans le vin. Notre but, en créant des pôles d’excellence rurale, est de permettre aux professionnels de passer la vitesse supérieure et de ne pas être à la merci de ceux qui nous achètent notre production. Nous comptons développer également tout ce qui touche au développement durable.
Qu’attendez-vous de cette filière ?
Le développement durable, c’est vraiment l’image de marque que nous voulons donner au Gers qui est un département qui en investissant devient pilote en matière d’environnement. Les éco-constructions, par exemple, constituent une filière d’avenir…à condition que les constructions soient réalisées par des entreprises gersoises ! Plus globalement, le développement durable peut bénéficier à de nombreuses filières comme au tourisme.
L’offre touristique vous paraît-elle de bonne qualité ?
Elle n’est pas encore à la hauteur de son potentiel mais nous rattrapons le retard. Il faut bien voir que nous n’étions pas prêts à accueillir autant de monde après le succès du film « Le bonheur est dans le pré ». Mais ce que l’on fait en développement durable, en préservant les paysages, les ressources naturelles participe de la notoriété du département.
Magazine Touléco N°7 – Eté 2011
Propos recueillis par Jean Couderc